
J'ai vu un bien trop petit nombre de films de Sirk", écrivit un jour Fassbinder au sujet de son aîné allemand émigré aux Etats-Unis. "Je voudrais les avoir tous vus, tous ses trente-neuf films. Peut-être serais-je alors allé plus loin en moi-même, plus loin dansma vie, plus loin avec mes amis. J'ai vu six films de Douglas Sirk au nombre desquels setrouvent les plus beaux films du monde.Moi, je n'en ai vu que quatre, dont un hier soir à la Cinémathèque française grâce à l'intégrale Douglas Sirk qui y est présentée jusqu'au 30 décembre. Slightly French (1948), comédie américaine assez "classique" avec sa part de femmes qui pleurent d'amour, de musique enjouée et de lettrines à la plume qui s'affichent sur un beau générique noir et blanc, n'est sans doute pas son meilleur film. Mais y apparaissent déjà, au détour de quelques scènes, la patte Sirk : des personnages qui se complexifient au fil des plans, un imbroglio de relations qui gonfle progressivement et ne peut se dénouer que par une décision vitale prise au moment où on l'attend le moins. Et surtout ce sens du détail métaphorique, comme ce personnage qui gêne au détour d'un cadre comme il gêne dans la vie d'une femme aimée, porté sans doute à son point d'incandescence dans les chefs d'oeuvre plus tardifs comme La Ronde de l'aube et surtout Mirage de la vie (Imitation of Life, 1959 et illus.). Ce dernier film, projeté les 3 et 17 décembre prochains au soir, reste à mon sens un sommet. A ne pas manquer.
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