
Les acteurs sont-ils de bons Présidents ? On ne parle pas ici de Ronald Reagan, mais de Cannes. Alors qu'on apprend que Robert de Niro succédera à Tim Burton à la tête du jury cannois en 2011, et avec tout le respect que l'on doit au grand Bob, cette question nous tarabuste. Pour y répondre, de manière forcément un peu empirique, nous avons recensé les présidences assurées par des comédiens, et leur Palmes d'Or.
2009 Isabelle Huppert : Le Ruban blanc
2008 Sean Penn : Entre les murs
2001 Liv Ullman : La Chambre du fils
1997 Isabelle Adjani : Le Goût de la cerise / L'Anguille
1995 Jeanne Moreau : Underground
1994 Clint Eastwood : Pulp Fiction
1992 Gérard Depardieu : Les Meilleures Intentions
1987 Yves Montand : Sous le soleil de Satan
1984 Dirk Bogarde : Paris Texas
1975 Jeanne Moreau : Chronique des années de braise
1973 Ingrid Bergman : L'épouvantail/La Méprise
1971 Michèle Morgan : Le Messager
1966 Sophia Loren : Un homme et une femme/ Ces messieurs dames
1965 Olivia de Havilland : The Knack...Ou comment l'avoir
Il apparait d'abord que la Croisette a mis une vingtaine d'années à nommer un comédien Président (une comédienne en l'occurence, Olivia de Havilland), honneur jusqu'alors réservé aux réalisateurs ou aux écrivains du sexe fort. Mais depuis, les actrices, loin d'être spoliées, sont presque 3 fois plus représentées que leurs homologues masculins. En 66 ans, seulement 5 acteurs ont eu la chance d'être Président du Jury, contre 9 actrices. De Niro sera le 6e. De là à en déduire que sa désignation relève d'un désir d'équité, hum, il n'y a qu'un pas que nous ne franchirons pas.
Alors, ces acteurs, bons ou mauvais juges ?
Commençons par ces dames. Qui hésitent souvent : Isabelle Adjani ne parvient pas à départager Le Goût de la cerise et L'Anguille, pareil pour Ingrid Bergman avec L'épouvantail et La Méprise, ou encore Sophia Loren, qui donne le même prix à Un homme et une femme et Ces messieurs dames. Les actrices présidentes ne sont pas exemptes de polémiques non plus : quand Isabelle Huppert donne le prix à son pote Michael Haneke, difficile de ne pas penser copinage. Certaines se trompent aussi : Jeanne Moreau a d'abord fait n'importe quoi en ignorant Lenny au profit de Chronique des années de braise, mais s'est rattrapée lors de sa deuxième présidence avec Underground vingt ans après. S'il leur faut deux essais, aussi...
Et les mâles alors, ont-ils meilleure jugeotte ? Dirk Bogarde et Clint Eastwood ne s'en sortent pas trop mal, avec Paris Texas et Pulp Fiction. Mais le fait qu'Yves Montand ait donné la Palme à Maurice Pialat, immense cinéaste certes mais pour son plus mauvais film en plus (Sous le soleil de Satan), ne relève-t-il pas du chauvinisme le plus aveugle, quand on sait par exemple que l'allemand Wim Wenders présentait cette année là son chef d'oeuvre, Les Ailes du désir ? Sean Penn ne restera pas dans les mémoires, avec son choix "engagé" mais mou du genou, Entre les murs. Sans parler de Gérard Depardieu, qui récompensa le falôt Les meilleures Intentions de Billie August alors qu'en face il y avait deux chef d'oeuvres, l'un de Victor Erice et l'autre de Robert Altman.
Chauvins, adeptes de copinage, indécis ou aveugles, les acteurs présidents ne sont pas exempts de tous reproches. La question étant désormais de savoir s'ils sont plus mauvais que les réalisateurs... moqués avec malice par Hong Sangsoo dans son hilarant Les Femmes de mes amis.
Par Eric Vernay Follow @ericvernay
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