Copie Conforme, leçon de magie signée Kiarostami

18/05/2010 - 14h18
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Copie Conforme, leçon de magie signée Kiarostami

Dans Le Prestige, de Christopher Nolan, on apprenait qu'un tour de magie doit se découper en trois étapes. La Promesse, d'abord, où le prestidigitateur montre au public quelque chose qui semble ordinaire, mais ne l'est pas. Le Revirement ensuite, pendant lequel le magicien rend l'acte ordinaire extraordinaire. Le Prestige, enfin, où l'imprévu se produit.

Copie conforme, le film d'Abbas Kiarostami présenté en compétition à Cannes cette année, ne procède pas autrement. Tournant pour la première fois hors de ses terres iraniennes, avec un casting international (franco-italo-anglais), le réalisateur retrouve son obsession de la frontière entre réel et fiction. Lecteur allergique au spoiler, passe ton chemin, la suite de ce post en contient.

 

Un homme rencontre une femme. Ils se retrouvent en Italie, en Toscane : Promesse d'une belle histoire d'amour. Leur discussion, portant sur la valeur de la copie par rapport à l'original dans l'art, les mène dans un petit bistrot où la femme, par jeu, prétend que l'homme est son mari. Lequel se prend au jeu avec une telle aisance, qu'il pose question sur la véracité de la première partie. Se connaissaient-ils avant ? Etonnant revirement. Alors que le vrai-faux couple déambule dans une Toscane saturée d'amoureux de tous âges, comme autant de copies incarnées d'un original chimérique, le Prestige s'accomplit, rendant l'illusion aussi solide que le réel : certitude d'un amour au centre d'un indécidable entre-deux. Le Voyage en Italie de Rossellini flirte alors avec Mulholland Drive.

 

Grâce à une direction d'acteurs extraordinaire (sublimes Juliette Binoche et William Shimell, célèbre baryton débutant au cinéma), et à la précision d'une mise en scène dévouée au miroitement, au cadre (passionnant travail sur le champ/contre-champ), et à la mise en abyme, Kiarostami insuffle au brillant de son tour de passe-passe scénaristique l'ampleur émotionnelle d'un grand mélo, tout en poursuivant sa réflexion théorique sur le cinéma en train de se faire. Malgré l'artifice (affiché) du dispositif, la magie opère en effet et le trouble persiste longtemps après la séance : un grand Kiarostami.

 

 

 

Par Eric Vernay

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