Chronique d'Anna Magdalena Bach - Jean-Marie Straub & Danièle Huillet Un temps qui s'écoule sans heurt

07/05/2008 - 14h58
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Chronique d'Anna Magdalena Bach - Jean-Marie Straub & Danièle Huillet
Le film le plus célèbre des Straub, datant de 1967, est, comme le titre l'indique, une chronique : c'est à dire qu'à l'intrigue dramatique se substitue un temps qui s'écoule sans heurt, dans la simple succession des événements.

Anna Magdalena, épouse de Jean Sébastien Bach, livre le récit des menus faits qui ponctuent l'existence du couple, jusqu'à la mort du compositeur en 1750. A l'interieur de cette chronique s'intercalent de longs moments d'exécution musicale, qui ont lieu à l'église où le compositeur travaille, chez les gentilshommes par qui il est employé, à la maison, et viennent interrompre la narration. Les musiciens et les chanteurs sont filmés à l'oeuvre, comme un document d'époque, à l'instar des véritables documents et des lettres officielles qui défilent à l'écran comme autant de témoignages de la vie de Bach. A l'inverse de l'usage, c'est la musique qui est au centre, et l'image qui l'accompagne. La musique n'est pas seulement le sujet du film, mais la matière dont il est fait, tandis que l'image a seulement une fonction d'illustration. En noir et blanc, dans des décors dépouillés, des plans serrés ne montrant que le nécessaire, elle est en parfait accord avec la musique de Bach.Cette oeuvre, si sobre, est l'émanation de la vie dure et réglée du musicien de cour dans l'Allemagne du XVIIIème siècle, fonctionnaire de l'époque payé pour louer dieu et ses monarques, et atteint au sublime et à l'universel : du replacement de cette musique sublime (magnifiquement interprétée par Gustav Leonhardt), dans son cadre d'origine, naît la grande fascination qu'exerce le film, en invitant le spectateur à une attitude contemplative et émotionnelle à laquelle il n'est pas habitué. Chronique d'Anna Magdalena Bach manifeste en cela la volonté des Straub d'instaurer un autre rapport au cinéma.Chronique d'Anna Magdalena BachDe Jean-Marie Straub et de Danièle HuilletAvec Gustav Leonhardt - Christaine lang - Andreas Pangritz RFA, 1967, 1h30.

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