
Swimming Pool, de François Ozon, France, sélection officielleOn attend donc de voir ici des films à la hauteur de ce titre. François Ozon, réalisateur champion du box-office avec 8 Femmes, aimé des cinéastes pour Sous le Sable, vient pour la première fois au Festival de Cannes avec Swimming Pool. La communication émise autour de ce film est réussie. On s'attendait en effet à voir un grand film. Les actrices glamour ont fait la une de tous les magazines, et les affiches jouant leur rôle de teaser ont parfaitement fait leur office. Tout le monde salue l'ascension de Ludivine Sagnier, qui présente ici deux films en compétition - elle joue également dans La Petite Lili réalisé par Claude Miller qu'on verra le 22 mai. Pourtant rien ne sauve ce long-métrage. Trop simple, il prétend interroger le processus créatif en racontant l'histoire d'une romancière anglaise. Réfugiée dans une maison que lui prête son éditeur dans le Lubéron, elle écrit son prochain polar à succès. Honnêtement, Ozon déroule le fil de son histoire sans jamais vraiment ni nous intéresser ni nous surprendre... Tout est banal et plat : pas révoltant, juste ennuyeux.Elephant, de Gus Van Sant, Etats-Unis, sélection officielleElephant, le film de Gus Van Sant est à l'inverse un film sans prétention. C'est sans doute pourquoi il parvient si bien à nous toucher. A l'origine de ce film, une envie de parler de la tragédie de la tuerie du lycée Columbine, tragédie dont Michael Moore avait fait un documentaire intitulé Bowling For Columbine (lire également le compte rendu de la conférence de presse de Michael Moore mai 2002). Ici les images sont simples, le propos peut même sembler un peu naïf. Il y a une volonté de présenter les faits de manière épurée et c'est justement cette fausse innocence qui fait d'Elephant un film engagé, au propos cinématographique fort. Le format de l'image, 4/3, est celui d'une télévision. Dès cet instant c'est bien aussi de la façon de dire qu'il est question. Quelles sont les images importantes ? Qui en décide ? A qui s'adressent-elles ? Ici la caméra suit les adolescents de très près, prête à saisir les moindres variations de la peau de ceux qui passent sous son objectif. Dans de longs plans-séquences, Van Sant accompagne ses adolescents lors d'une ordinaire journée d'école et jusqu'au moment de la fusillade. Il sait capter leur mal-être, leur mal de vivre s'exprimant de manière si différente pour chacun d'entre eux. Tous sont mal à l'aise dans ce lycée situé à Portland, ville moyenne des Etats-Unis où réside le réalisateur. La nulle en sport préfère regarder le ciel que de faire des tours de pistes, l'artiste ne peut faire autre chose que pratiquer son art, celui dont le père est alcoolique, est contraint de s'en occuper ; les starlettes se font vomir dans les toilettes pour ne pas prendre de poids, les marginaux ne rêvent que de fugue... Tous ont leurs secrets, affrontent seuls leurs tragédies. Tous sortent de leurs chrysalides, ils sont beaux dans leurs maladresses et leur envie de découvrir le monde. En multipliant les perspectives, en réalisant un film chorale, Van Sant nous offre une démonstration implacable de la barbarie latente. Il cherchait à comprendre ces fusillades lycéennes et son propos s'élargit : la violence a des raisons que la raison n'atteint pas. Van Sant n'explique pas, il n'excuse pas, ne prend pas parti ni ne s'apitoie, il montre. Un film, mais un film juste.- Lire la brève Mémoire d'Eléphant du 19.05.03.- Lire aussi la chronique du film Gerry, février 2003. - Lire aussi la chronique du film Gerry (sortie en salle, mars 2004)Swimming pool Réalisé par François OzonFrance- 2002 - Durée : 1h 42mn.Avec Charlotte Rampling, Ludivine Sagnier, Charles Dance, Marc Fayolle, Jean-Marie Lamour Date de sortie : 21 Mai 2003 Elephant Etats-Unis - 2003 - Durée : 1h 21mnRéalisé par Gus Van Sant Avec Alex Frost, John Robinson, Elias McConnell, Eric Deulen, Carrie Finklea...Date de sortie : 29 Octobre 2003
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