Boulevard de la mort, Quentin Tarantino

25/05/2007 - 19h06
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Boulevard de la mort, Quentin Tarantino

 

Le dernier Quentin Tarantino est réussi puisqu'il est raté. Hommage au cinéma des drive-in, des séries Z ou des séances de minuit, Boulevard de la mort est une oeuvre mal léchée. Elle multiplie les faux raccords en toute conscience, abrège abruptement des séquences et assume, avec une délectation non feinte, son aspect OFNI (Objet filmique non identifié).

 

L'épaisseur de la trame est à l'avenant. Un sérial-killer de la route se promène dans une « voiture plus forte que la mort ». Il poursuit des jeunes filles pour le plaisir de jouer avec son levier de vitesse, de percuter, plusieurs fois si nécessaire, les donzelles et de les tuer à l'aide de son gros engin. On a déjà vu plus fin. Mais ce gros beauf, ex-cascadeur, soi-disant doublure de « l'homme qui tombe à pic », rencontre plus de résistance avec trois jeunes proies bien extraverties. Elles font, par exemple, des rodéos avec des voitures empruntées en laissant leur copine, pas très futée, avec le propriétaire... qui espère une gâterie en échange. Vu l'état dans lequel fini le bolide, le pauvre homme méritait plus...

 

Pas le temps de dire ouf. Les moteurs vrombissent, la bêtise démarre et le babillage féminin tient la route à une cadence infernale. Une parole ininterrompue et une mise en scène virtuose ne laissent aucun répit. Ça permet de ne pas réfléchir et c'est tant mieux. Cerise sur le Pancake, le final est un magnifique exutoire qui a fait crier de plaisir une audience bien disposée et prompte à s'enthousiasmer pour l'un des rares films cannois à ne pas se prendre au sérieux. C'est déjà ça...

 

Depuis Kill Bill : volume 1, Quentin Tarantino célèbre donc des genres, dits mineurs, qui lui sont chers. Il s'amuse bien avec ces sous-produits, mais on peut regretter le temps (Reservoir Dogs, Pulp Fiction) où, via des sujets originaux, des contraintes de forme, moins balisées, lui permettaient de créer un ton neuf. Aujourd'hui, à naviguer, certes avec talent, entre hommage et plagiat (Kill Bill) revendiqué, il paraît manquer d'ambition.

 

A l'instar des personnages dont les pieds se posent, à la cool, sur le tableau de bord, il est conseillé de voir Boulevard de la mort les doigts de pied en éventail, avec une bière, du pop-corn et des amis prêts à roter en coeur avec vous. S'il n'est pas dit que le succès soit au rendez-vous, un destin à la The Rocky Horror Picture Show lui semble, au minimum, promis.

 

Grindhouse 1 : Boulevard de la mort - de Quentin TarantinoAvec Kurt Russell, Rose McGowan, Zoe BellEtat-Unis - 2007 (un film Grind House)Compétition officielle

 

De notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007.

 

MàJ : Lire la chronique de Boulevard de la mort de Tarantino sur le mag.Exprimez-vous sur le forum Boulevard de la mort.

 

(illus. © TFM Distribution)

 

 

 

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