
MAJ : Cristian Mungiu reçoit la Palme d'Or. Découvrez le Palmarès complet du Festival de Cannes 2007. A l'honneur ces dernières années, le cinéma roumain confirme sa bonne forme avec, 4 mois, 3 semaines et 2 jours.
Présenté dans le cadre de la compétition officielle, le film de Cristian Mungiu paraît d'abord bien aride. Tourné en décor naturel et constitué de longs plans-séquences, il prend son temps pour suivre l'avortement d'une jeune fille, 2 ans avant la chute de Ceausescu. Cette pratique fut interdite par le régime communiste, femme et médecin risquant la pison pour ce « crime ».
Gabita, jeune fille immature, est incapable de gérer cette situation. C'est donc son amie, Otilia, qui affronte une à une les difficultés de l'entreprise. Jusqu'au plus ignoble et absurde des compromis. Dans un rôle difficile, Anamaria Marinca, omniprésente, se donne corps et âme, et contribue grandement à la réussite d'un projet très fragile.

Si l'image est propre, elle semble pourtant contaminée par l'environnement, sale et pauvre, dans lequel sont condamnées à évoluer ses héroïnes. Concentrant son récit sur les quelques heures précédant et suivant l'avortement, l'auteur établit une sorte de « temporalité réelle » qui prend toute son épaisseur dans la dernière partie. Légèrement éprouvé, comme l'héroïne, par une succession d'embûches plus bavardes que visuelles, mais très réalistes, le spectateur se retrouve alors dans les meilleures conditions pour offrir son empathie à l'excellente Anamaria Marinca. Dénuée de mièvrerie, cette sécheresse de forme s'impose peu à peu comme un choix évident et judicieux. Elle fait ressentir au plus près la détresse d'une situation figée dans un mensonge permanent et reconductible.
Sans jamais s'occuper de considérations directement politiques, 4 mois, 3 semaines et 2 jours fait apparaître, en creux, un univers où l'absence de liberté individuelle est une constante, quelle que soit la position des personnages. Il parvient ainsi à disséquer, avec habilité, la manière dont chacun est amené à s'adapter, voire à créer ses propres règles, pour survivre et/ou tirer profit d'un système absurde.
Déjà primé à la Quinzaine des réalisateurs 2002, avec son premier long-métrage, Occident, Cristian Mungiu apparaît comme un réalisateur fort prometteur sur lequel il sera intéressant de garder un oeil.
4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu, avec Anamaria Marinca et Laura Vasiliu,113 minutes, 2006, Roumanie.
(Illus. © Wild Bunch Distribution)