Xavier Beauvois, le sacré à taille humaine

18/05/2010 - 19h14
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Xavier Beauvois, le sacré à taille humaine

Ses films précédents en témoignent, Xavier Beauvois aime observer les communautés, et les décrire dans les moindres détails, parfois à la lisière du documentaire. Aux ouvriers normands (Selon Matthieu) et flics parisiens (Le Petit lieutenant) succèdent donc les moines chrétiens d'Algérie, dans Des hommes et des dieux.

Quinze ans après son prix du Jury pour le beau N'oublie pas que tu vas mourir, ce cinéaste rare, disciple de Jean Douchet, retrouve la compétition cannoise avec un film basé sur des faits historiques : le massacre des moines de Tibhirine en 1996. En plein tumulte, l'Algérie est gangrénée par l'intégrisme religieux. Après le massacre d'un groupe de travailleurs étrangers par les terroristes, l'Etat algérien propose son aide aux moines, menacés. Frère Christian (Lambert Wilson), le chef de la communauté cistercienne installée dans les montagnes, la refuse catégoriquement. Pour lui, c'est une question de principe.

 

Cet entêtement personnel, typique des personnages de Beauvois, donne d'abord lieu à un débat au sein du monastère, théâtre d'un huis-clos décisif : tel un jury de tribunal se prononçant sur sa propre peine, les huit hommes ne sont pas en colère, mais apeurés et à l'écoute, mis à mal dans leur foi. A quoi bon finir en martyr ? Fuir, est-ce renoncer à sa mission ? Et s'ils partaient, qu'adviendrait-il de la population du petit village voisin, à qui les moines apportent soins, médicaments et instruction ? Quel message enverraient-ils à ceux qui croient encore au dialogue entre les religions ? A mesure que le film avance, au rythme apaisé des psaumes et des cantiques, les arguments penchent en faveur de la décision du Frère Christian : les moines ne cèderont pas à la peur. Ainsi, ils donneront un signe de paix fort, et vivront dans l'intégrité de leur foi jusqu'à la fin. Car "Rester ici, c'est aussi fou que de devenir moine", affirme le charismatique moine, à l'ironie pleine de lucidité. Or moines, ils sont déjà.

 

N'oublie pas que tu vas mourir pourrait être le sous-titre de Des hommes et des dieux. Sans rechercher la verve et la puissance romanesque de son deuxième long-métrage, dans lequel un jeune séropositif choisissait de vivre au mépris de sa maladie, Xavier Beauvois exprime au fond la même idée. Face à la certitude de la mort, l'accomplissement d'un homme est possible. Mais pour celà bien sûr, il faut du courage, de l'abnégation, bref, il vaut mieux avoir foi en la vie. Plutôt que l'esbrouffe, la mise en scène joue une partition sobre. A la fois ample et tendu, le film bénéficie d'une interprétation pleine de tact et de retenue (superbe casting), à l'image de la photo subtile de Caroline Champetier, tour à tour matinale et crépusculaire.

 

Forçant parfois un peu ses intentions (allusion lourde à la Cène), Beauvois ne signe certes pas son chef d'oeuvre avec Des dieux et des hommes, mais un film humble, réflexif, donnant richesse et humanité à un sujet casse-gueule au possible. 

 

 

Par Eric Vernay

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