The Housemaid : mais pourquoi les cinéastes coréens sont-ils aussi méchants ?

15/09/2010 - 12h04
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Crac boum aïe beurk ! Old boy, Breathless, 2 Soeurs, The Host... La nouvelle vague du cinéma coréen, amorcée à la fin des années 1990 autour du film de genre, ne lésine pas sur l'hémoglobine. Im Sang-soo fait partie de cette génération de réalisateurs plus ou moins inspirés, au style toujours saignant et outré, qui nous fait parfois nous demander : mais pourquoi sont-ils aussi méchants?

The Housemaid, son dernier film présenté à Cannes qui sort aujourd'hui dans les salles françaises, le rappelle à chaque plan : les coréens du Sud ont des comptes à régler avec leur histoire récente (Guerre de Corée, occupation japonaise, dictature), traumatismes trop vite poussés du revers de la main par les gouvernements qui préfèrent oublier ce passé barbare pour célébrer la démocratisation du pays. Sauf qu'à l'opposé d'un Bong Joon-Ho, qui réussit à investir le genre (thriller, film de monstre, mélo) d'un regard et d'une pensée politique, Im Sang-soo ne s'embarrasse pas de subtilités métaphoriques pour dire ce malaise sud-coréen contemporain.

 

Pour dire le désir de vengeance d'une domestique humiliée par ses maîtres, le réalisateur de The President's last bang pratique au contraire un maniérisme arrogant et sûr de ses effets. Remake de Hanyo, un classique du cinéma coréen, The Housemaid traite en surface les rapports d'asservissement et d'humiliation au sein d'une famille grande-bourgeoise, mais sans réellement croire à son sujet. C'est plutôt l'occasion pour le cinéaste, à travers l'élaboration au scalpel de personnages caricaturaux, aux allures de marionnettes, de se livrer à une surenchère d'effets violents (suicides, fausse couche, morsure, empoisonnement, etc.), à grands renforts de mouvements de caméra spectaculaires.

 

Agrémentée d'efficaces saillies burlesques (dommage qu'elle soient un peu gratuites), la mécanique satirique tourne complètement à vide car Im Sang-soo, dont le talent de filmeur est indéniable, n'a pas grand chose à dire sur les rapports de soumission et de luttes des classes. Il se contente le plus souvent de faire son malin, de choquer le bourgeois et d'amuser la galerie, dans la lignée pop-gore de l'agaçant Park Chan-Wook. Pour rester dans la thématique maîtres/valets, on est loin de la puissance expressive et psychologique d'un film comme La Cérémonie de feu Claude Chabrol

The Housemaid  - Bande-annonce

 

 

Lire aussi : une histoire du cinéma coréen

 

Par Eric Vernay
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