
Il y a quelque mois, on ironisait gentiment sur la bande-annonce de The Beaver, dans laquelle on ne pouvait s'empêcher de voir un improbable tract pro-Mel Gibson. Le projection cannoise du troisième film de Jodie Foster, montré Hors-Compétition, fait taire nos inquiétudes un peu moqueuses : Mel Gibson, star récemment excommuniée d'Hollywood suite à ses nombreuses frasques, y trouve le rôle idéal pour un retour en grâce.
Walter Black, père de famille, fait une grosse dépression. Sa mid-life crisis le pousse à trouver une solution seul : il s'invente un compagnon, Le Castor, qui est en fait une marionnette animée par sa main gauche. Grâce à ce stratagème de schizophrène, Walter trouve un nouveau départ, professionnel et privé. Mais la situation temporaire devient vite intenable. La bébête en peluche se fait envahissante, s'invitant par exemple dans le lit du couple que Gibson forme avec Jodie Foster. Une lutte sans merci commence alors entre Walter et son double, tandis que son fils se cherche, lui aussi.
Très classique dans la forme, le film de Jodie Foster séduit par sa manière douce, apaisée, de montrer l'intrusion de la démence au sein d'un foyer. Comme dans Walk Away Renée et Take Shelter, deux autres films américains montrés à Cannes cette année, The Beaver (Le Complexe du Castor) est l'histoire d'une famille qui lutte contre la folie. Pas de pathos ou de démonstration de force ici, mais une jolie chronique familiale, dont les quelques saillies burlesques viennent se teinter de malaise. Jodie Foster fait du visage de Gibson l'enjeu même du film : au milieu de ses cernes et de ses traits tirés, brillent des yeux mélancoliques, dont l'éclat voilé pourrait peut-être retrouver de sa vigueur.
A lire : un entretien avec Jodie Foster et Mel Gibson sur Premiere.fr.
Par Eric Vernay Follow @ericvernay
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