
Cela n'aura échappé à personne, Intouchables réalise un immense carton dans les salles françaises. Avec déjà 2 205 000 entrées et une progigieuse moyenne de 4 186 spectateurs par copie en première semaine, le film est sans conteste le phénomène de société de l'autome 2011.
Du coup, Intouchables est déjà en train de se faire un nom à l'international. Vendu dans plus de 40 pays et acheté pour le territoire américain par les redoutables frères Weinstein (la sortie aux Etats-Unis est prévue pour le printemps 2012, sans parler d'un éventuel remake), le film d'Eric Toledano et Olivier Nakache a ainsi droit à un article de la part du prestigieux quotidien britannique The Guardian. Et la vision d'Intouchables présentée par la correspondante du journal à Paris s'avère pour le moins étonnante.
Dès le titre, l'article affirme ainsi qu'Intouchables "a été salué pour sa façon de dépeindre la vie des banlieues parisiennes". Parmi les critiques françaises, personne n'a pourtant osé cette analyse, dans la mesure où le film se déroule pour son immense majorité dans un luxueux hôtel particulier de Paris. Intouchables met certes en scène Driss (Omar Sy), un jeune homme issu d'une cité mais ne dépeint que très peu le quotidien des banlieues. On assiste simplement à une séquence dans l'univers familial de Driss en début de film et à quelques instants au coeur de la cité dans la dernière partie, l'essentiel étant de montrer comment deux personnages aux origines opposées - Driss et Philippe, un milliardaire tétraplégique incarné par François Cluzet - créent peu à peu une relation d'amitié.
Sur les traces de La Haine...
Sûr de son analyse, l'article du Guardian affirme cependant que le film "révolutionne la façon dont la société française se voit elle-même" et met Intouchables en parallèle avec les émeutes qui ont touché les banlieues françaises à l'automne 2005. La comédie d'Eric Toledano et Olivier Nakache oserait ainsi parler de la banlieue dans un cinéma français trop timoré qui n'aurait quasiment plus abordé le sujet depuis La Haine en 1995, exception faite de Neuilly sa mère !. Oubliés donc les Abdellatif Kechiche (L'Esquive) et autres Rabah Ameur-Zaïmeche (Wesh Wesh, qu'est-ce qui se passe ?).
Si le succès d'Intouchables, comédie inspirée d'une histoire vraie, invite logiquement à une analyse des messages véhiculés par le film, on doute que la correspondante de The Guardian ait vraiment vu le long-métrage en question, tant la théorie du portrait de la vie des banlieues paraît hors-sujet.Sur Fluctuat, nous avions évoqué une oeuvre faussement transgressive, tandis que Pascal Riché parle sur Rue 89 d'un film qui propose un monde irréel pour une France fatiguée.
L'article du Guardian pourrait en tout cas faire école à l'international et diffuser l'idée, au moins dans les pays anglo-saxons, qu'Intouchables est une grande comédie sur les banlieues françaises. Ce décalage et cette déformation auraient presque de quoi nous amuser si le texte avait pu s'abstenir de citer par ailleurs Eric Neuhoff, qui voit en Omar Sy le Eddie Murphy français...
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