Pop songs et cinéma : Sur un air de… New York, New York

06/03/2012 - 17h00
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On connaît le pouvoir de la musique, qui peut se trouver à jamais associée à des images qu'elle a transcendées : combien de chansons sont aujourd'hui indissociables de séquences cinématographiques entrées dans l'inconscient collectif ? Le bombardement au napalm d'Apocalypse Now aurait-il eu cette dimension hallucinatoire sans The End des Doors ?Mais quand un même titre se retrouve utilisé par différents cinéastes et décliné dans des drames, des comédies ou des films d'horreur, il peut dégager des sens multiples et parer chaque séquence d'une signification bien particulière, que nous explorons dans cette série Pop songs et cinéma.

 

 

 

New York, New York de Liza Minnelli

 

Ecrit par John Kander (compositeur de bandes originales et de comédies musicales pour Broadway) et Fred Ebb (acolyte de Kander depuis 1962), le titre New York, New York est devenu en une trentaine d'années l'hymne absolu de la Grosse Pomme. Fait rare, ce hit est né au cinéma. Chanson éponyme composée pour le long métrage de Martin Scorsese sorti en 1977, elle est avant tout le thème principal du film. Mais étonnement, la chanson ne rencontre pas immédiatement le succès qu'on lui connaît aujourd'hui. Il faut attendre 1979 et sa reprise par Frank Sinatra pour qu'elle explose dans le monde entier. Si Sinatra popularise le titre et le rend mondialement célèbre, c'est Liza Minnelli, l'interprète originale de New York, New York, qui demeure indéfectiblement la voix de Broadway, l'incarnation faite femme du show à l'américaine. La fille du réalisateur Vincente Minnelli (Ziegfeld Follies et Un Américain à Paris entre autres comédies musicales) et de l'actrice Judy Garland (Le Magicien d'Oz et Une Etoile est née) n'a pourtant pas vécu l'histoire narrée dans la fameuse chanson. Revisitant le symbole du jeune premier voulant monter à la capitale et réussir dans le monde du spectacle ([people_restrictif=Charles Aznavour]Aznavour et son "J'me voyais déjà" en étant le pendant français), "Ny, Ny" peut se comprendre comme une variation sur le rêve américain, s'approprier la mégapole assurant le succès. L'universalisme du message (la notoriété internationale des chansons de Minnelli/Sinatra ou Aznavour en est une preuve) n'est sans doute pas étranger aux nombreuses reprises, parodies ou hommages que ce titre a suscités depuis au cinéma.

 

 

New York

 

Après Taxi Driver, Martin Scorsese remet le couvert à New York pour son film suivant, mais cette fois ce n'est pas le présent post Viêt-Nam des seventies qui l'intéresse, mais les années 40, qui signent la fin de la seconde guerre mondiale et l'espoir naissant d'un monde différent. Dans New York, New York, Johnny (Robert De Niro) saxophoniste et Francine (Liza Minnelli) chanteuse, se rencontrent dans un club le soir de l'armistice, tombent éperdument amoureux, montent un groupe, créent et se déchirent. Au coeur de leur idylle résonnent les notes du thème composé par Kander et Ebb, objet de leurs querelles et de leur passion. L'interprétation poignante de Liza Minnelli aurait dû marquer les spectateurs de l'époque. Mais le film est un flop. Grâce à Frank Sinatra qui le reprend deux ans plus tard, le titre devient un immense succès et permet à Scorsese de ressortir le film en 1981 (assorti d'une dizaine de minutes supplémentaires). La musique a rendu célèbre le film, puis lui a échappé pour atteindre le panthéon des classiques, l'inconscient collectif de millions de spectateurs.

 

 

New York animé

 

Alors que la chanson est en passe de devenir un standard, un jeune réalisateur, Jimmy Picker (oscar du meilleur court-métrage en 1983), l'utilise comme ligne narrative de son film animé, Sundae in New York. Passant en revue tous les quartiers de NY (Queens, Manhattan, Little Italy...) et ses symboles (taxi jaune, hot-dog, Yankees...) Sundae in New York est un concentré de la ville. Avec humour, en détournant les paroles, le personnage de pâte à modeler, censé représenter Ed Koch le maire de l'époque, incarne le melting-pot ethnique et culturel. Les hauts-lieux comme la Statue de la Liberté, Central Park ou les Twin Towers sont évidemment de la partie. Rien d'étonnant à ce que Picker ait choisi la chanson emblématique de Kander et Ebb pour mettre en musique ce qui ressemble fort à une déclaration d'amour à la ville.

New York envahi

 

En 1990, Joe Dante offre aux fans la suite des aventures de son Mogwaï entamées en 1984, Gremlins 2 : la nouvelle génération. Il délaisse pour l'occasion la banlieue new-yorkaise qui servait de décor au premier opus, pour prendre ses quartiers dans une tour de Manhattan, rapidement prise d'assaut par des milliers de petites créatures vertes et malfaisantes. Après avoir pris le contrôle des lieux, les Gremlins veulent en découdre avec la ville et pour se mettre en train avant de passer à l'action, ils entonnent leur chant de guerre : "New York, New York". Totalement psychédélique, la séquence met en scène un show très Broadway, un clin d'oeil au Fantôme de l'Opéra et une liesse collective à base de cotillons et de confettis. Ouvertement irrévérencieuse envers la version originale, celle de Dante rend tout de même hommage au titre de Minnelli, un hommage décalé et mauvais esprit à souhait.

 

 

New York animalier

 

Les animaux aussi ont le droit de chanter New York, New York" Dans Madagascar 2 (2008), Alex le lion et Marty le zèbre se retrouvent sous un lampadaire de la ville, de nuit. Un poil déprimé, Marty broie du noir mais son ami est là pour lui remonter le moral. Il commence alors une interprétation très music-hall du titre. Hommage aux duos des comédies musicales américaines, cette scène joue des clichés de la ville qui ne dort jamais. Une skyline stylisée à mort, claquettes et acrobaties, éléments comiques (le zèbre qui est récalcitrant à se laisser aller jusqu'au final où il chante à tue-tête), tout est là en quelques secondes. Eric Darnell et Tom McGrath, les réalisateurs, ont bien révisés leurs classiques et ils parviennent à condenser dans une courte scène l'atmosphère Broadway du film séminal. Une jolie pirouette animée.

New York flashé

 

En 2011, une énième comédie romantique est venue heurter les écrans français. Sexe entre amis de Will Gluck met face à face Justin Timberlake qui cabotine et Mila Kunis qui minaude. Sise à Manhattan, "l'intrigue" (c'est un bien grand mot) est à l'aune de la société américaine, exubérante. N'ayant gardé de New York, New York que sa grandiloquence, le réalisateur imagine une déclaration d'amour très 2.0 lors d'un flash-mob. En plein Time Square, les figurants de cette réunion géante commencent à danser dès les premières notes. Somme toute sympathique, cette version ne fait qu'user de l'empathie que produit la chanson sur le public, en aucun cas elle n'émeut ou produit un sens supplémentaire. Il est toujours dommage de voir utiliser un si grand morceau uniquement pour sa capacité illustrative. Ce manque d'imagination cinématographique a heureusement été réparé la même année sur nos écrans.

 

 

New York déprimé

 

Pour la deuxième fois de 2011, la chanson emblématique de New York résonne dans une salle obscure, et cette fois-ci l'usage en est d'une tension dramatique particulièrement forte. Dans Shame, Steve McQueen met en scène un homme, compulsif sexuel, et sa petite soeur, chanteuse paumée. Les troubles relations qui les unissent (jamais ouvertement incestueuses, trainent tout de même un parfum de soufre) atteignent leur point d'orgue lors d'un concert de la jeune femme auquel assiste son frère. Elle y chante New York, New York mais l'interprétation que Carey Mulligan en donne, détonne parmi les nombreuses utilisations cinématographiques du titre. Fragile, sensuelle, écorchée vive, déboussolée, les facettes psychologiques qui composent le personnage affleurent à l'écran. Alors que la chanson rayonne d'un optimisme sans faille dans le texte, on comprend que l'héroïne sera la perdante de ce drame. Tirant son tragique de la distorsion entre paroles et interprétation, la séquence sublime un standard, dont les dernières reprises étaient redondantes, en lui offrant un rôle inédit depuis sa création par Liza Minnelli : celui de chant du cygne.

 

 

Prochain épisode : Sur un air de ... Nights in White Satin.

 

Voir les épisodes précédents

 

Par Ursula Michel
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