
Tournée, le quatrième long-métrage de Mathieu Amalric, est une excellente surprise. Le réalisateur reprend en partie son personnage de paumé masochiste et lunaire vu chez Arnaud Desplechin (Rois et reine), pour le plonger dans l'univers mi-cassavetien, mi-fellinien du New Burlesque.
Ancêtre de ce que l'on nomme aujourd'hui communément le strip-tease, le burlesque vient du music-hall anglo-saxon des années 1920, mêlant satire sociale et grivoiseries. Depuis les 90's, un mouvem

ent venu de la scène lesbienne s'est réapproprié le genre en lui injectant humour et théâtralité. C'est ce qui intéresse Amalric ici, jouant le rôle d'un producteur français moustachu et déphasé éperdu d'admiration pour ses intenables girls aux formes généreuses : on pense à Meurtre d'un bookmaker chinois, de John Cassavetes, New York et la nervosité free-jazz en moins, l'humour et l'art de la fugue hérités de Jacques Rozier en plus.
Très drôle, sensible, ce road-movie rend autant hommage à la féminité arrogante de ces filles so rock'n'roll, qu'aux producteurs un peu dingos qui défendent amoureusement ce genre de spectacle. Espérons que le jury cannois saura se souvenir de ce film à la beauté fière et fragile.
Meurtre d'un bookmaker chinois - extrait
Par Eric Vernay Follow @ericvernay