Le cinéma est-il un bon contraceptif ?

22/09/2011 - 12h52
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Le cinéma est-il un bon contraceptif ?

Si l'enfant est régulièrement diabolisé au cinéma, cet automne est particulièrement riche en sales gosses et grossesses cauchemardesques qui passent l'envie de se reproduire. La tendance est à la prudence voire à l'aversion en matière de procréation. Est-ce le climat de dépression mondiale qui pèse sur le moral des cinéastes ? En cette rentrée, le cinéma devient en tous cas, plus ou moins consciemment, contraceptif.

Au-delà des habituels enfants terribles héros de films d'horreur, qui hantent le cinéma depuis ses débuts, on en est à remettre en cause le principe même de faire des enfants. Est-ce le manque de confiance en l'avenir, symptôme de l'époque, qui produit cette vision ? L'enfant est en tous cas traité comme l'ennemi dans un certain nombre de films déjà ou bientôt sur nos écrans, comme si l'on voulait nous faire réfléchir à deux fois avant d'en mettre un nouveau au monde.

 

Il y a quelques semaines, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm ont bouleversé le public et la critique avec leur combat contre le cancer de leur fils dans La Guerre est déclarée, combat qui finit par avoir raison du couple pourtant d'abord follement amoureux. Si la volonté du film est de rester du côté de la joie et de l'optimisme, le message peut engendrer quelques dommages collatéraux : les plus sensibles s'interrogeront sur l'opportunité de prendre le risque de foutre en l'air leur couple et d'en baver salement en faisant un enfant.

 

Passons sur les deux Guerre des boutons qui bombardent tous nos écrans d'affreux morveux en culottes courtes, et arrêtons-nous sur Un heureux événement. Ici le message est clair : la maternité c'est pas que du bonheur, méfiez-vous mesdames. La grossesse c'est éprouvant, l'arrivée d'un bébé, épuisant, l'éducation d'un enfant, tue l'amour. En bref, tout le film s'emploie à contredire son titre et, si vous aviez des doutes sur votre désir d'enfant, vous pouvez enfin être fixé.

L'avantage du film de Rémi Bezançon, pour la natalité du moins, c'est sa relative inoffensivité. On reste dans le registre de la comédie, qui se veut iconoclaste certes, mais qui ne fait qu'enfoncer des portes ouvertes par tous les journaux féminins - c'est dire. Et puis, forcément, ça finit bien.

 

Outre-Atlantique, la tendance antinataliste s'est également emparée du cinéma, et dans des registres très différents, y compris le film adolescent grand public. Ainsi du 4e épisode de Twilight, dont la première partie se concentre sur la grossesse particulièrement difficile de Bella. Car l'héroïne est enceinte de son vampire, ce qui met carrément sa vie en péril. Visiblement, attendre un bébé vampire ne va pas sans risques physiques, et on peut voir rien qu'à la bande annonce, où la pauvre jeune femme se traîne comme un zombie, qu'on est loin de l'heureux événement :

Dans ce blockbuster hollywoodien cependant, le message est à double sens. Si la grossesse est décrite comme une maladie possiblement fatale, qu'il aurait en réalité fallu éviter, elle est tout de même menée à terme en dépit des risques. Comme souvent à Hollywood, l'avortement n'est pas une option.

 

Toutes ses réflexions un peu angoissées sur l'enfant et la maternité sont cependant de la gnognotte comparées à l'intensité du film de Lynne Ramsay. Dans We Need To Talk About Kevin, la cinéaste britannique ausculte les rapports complexes entre une mère et un fils particulièrement difficile, depuis sa naissance jusqu'au drame ultime. Si le film essaie de comprendre l'incompréhensible et de départager les torts dans une relation destructrice, on ne peut voir le fameux Kevin que comme un être maléfique et nuisible, une figure monstrueuse, bien plus traumatisante que tous les jeunes héros des pires films d'horreur. Le calvaire de cette mère (excellente Tilda Swinton), qui démarre dès la naissance de l'enfant qui pleure sans arrêt, et se poursuit à chaque étape de sa vie, va bien au-delà des petits doutes puérils vis-à-vis de à la maternité. Mais là encore, la vision est la même, l'enfant est considéré comme l'élément perturbateur. Il fout en l'air le couple, la carrière de la mère, et, le cas étant poussé à l'extrême, plusieurs vies. Rarement la relation mère/enfant, l'évidence de l'amour maternel, le naturel de l'éducation n'auront été si magistralement mis en cause.

Après ça, si vous voulez encore mettre un enfant au monde, c'est à vos risques et périls. 

 

Vanina Arrighi de Casanova

 

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