
Alors qu'on nous prédisait la mort imminente de Dennis Hopper, c'est le cinéaste Eric Rohmer qui a disparu le lundi 11 janvier 2010. Le cinéma européen n'avait pas connu une disparition d'une telle ampleur depuis le double décès Ingmar Bergman / Michelangelo Antonioni du 30 juillet 2007.
Figure emblématique de la Nouvelle Vague et rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma de 1957 à 1963, Eric Rohmer a livré une oeuvre d'une richesse inouïe. En voici un aperçu en quelques vidéos.
- La Collectionneuse (1967)
Voici comment le cinéaste résume la série des Contes moraux : « Tandis que le narrateur est à la recherche d'une femme, il en rencontre une autre qui accapare son affection jusqu'au moment où il retrouve la première ». Avec La Collectionneuse, Ma nuit chez Maud (1969), Le Genou de Claire (1970) et L'Amour l'après-midi (1972), Eric Rohmer offre des variations très écrites sur le désir amoureux, la morale, la liberté, le couple ou encore la tentation du libertinage, non sans humour et avec une sensualité proche de l'érotisme. Ces films sont organisés comme des dialogues où les personnages évoluent au fur et à mesure d'une réflexion sur eux-mêmes, par l'intermédiaire de références à la fois chrétiennes, politiques, littéraires.
- Les Nuits de la pleine lune (1984)
Composée de La Femme de l'aviateur (1981), Le Beau mariage (1982), Pauline à la plage (1983), Les Nuits de la pleine lune, Le Rayon vert (1986) et L'Ami de mon amie (1989), le cycle des Comédies et proverbes est l'occasion pour Rohmer de déplacer ses éternelles ritournelles sentimentales et existentielles pour dépeindre les moeurs de son époque. Le cinéaste aura peut-être mieux que nul autre su saisir les années 1980, tout en y étant définitivement décalé.
- Conte d'été (1996)
Bouclant le cycle des Comédies et proverbes, Rohmer entame celui des Contes des quatre saisons, composé de Conte de printemps (1990), Conte d'hiver (1992), Conte d'été (1996) et Conte d'automne (1998). Il s'agira de prolonger les thèmes abordés dans les précédents cycles en mêlant la conversation constante à une transparence absolue de la mise en scène. Le ton est à la fois simple, grave et léger, loin des attentes et des modes.
- Les Amours d'Astrée et Céladon (2007) Le dernier film d'Eric Rohmer clôt une parenthèse qu'il avait ouverte en 1976, celle de l'adaptation littéraire. Après avoir adapté Heinrich von Kleist (La Marquise d'O, en 1976) puis Chrétien de Troyes avec Perceval le Gallois (1978), il adapte L'Astrée d'Honoré d'Urfé, offrant un film d'époque d'une étonnante précision, admirablement construit et dialogué. Les thèmes rohmériens sont reconduits, dans une veine plus picturale que jamais.