
Lars Von Trier, c'est le coup d'éclat permanent. Déclaré "persona non grata" au Festival de Cannes suite à ses déclarations balourdes, malgré des excuses relayées dans un communiqué pendant l'évènement, Von Trier avait déclenché un mini-scandale entraînant des réactions aussi nombreuses qu'excessives. Certains se sont dit choqués par les propos du cinéastes, d'autres en revanche pensent que Thierry Frémaux a fait preuve d'un manque d'humour flagrant en le radiant de Cannes ou pire, a nié avec hypocrisie la défense de la liberté d'expression par ailleurs revendiquée par le Festival.
En Iran, Javad Shamaqdari, l'adjoint du ministre de la culture délégué au cinéma a condamné le "comportement fasciste" des organisateurs du Festival, et livrant ce constat sévère : « Il est peut-être nécessaire d'inscrire une nouvelle définition de la liberté d'expression dans les encyclopédies : la réaction de Cannes envers Von Trier, le forçant à s'excuser à plusieurs reprises, rappelle le traitement médiéval de Galilée par l'Eglise... Le festival de Cannes a laissé une tache sombre dans son histoire ».
Dans le Spiegel du 18 mai (repris par Courrier International), Von Trier s'est déclaré "très fier" ("Je n'avais encore jamais été persona non grata de ma vie. Et je trouve cela très bien") et même "heureux" de cette radiation de Cannes : "Je me sens extrêmement claustrophobe au Palais des festivals. C'est pourquoi je m'estime heureux de ne plus être obligé d'y aller. Et je suis aussi content de ne plus devoir mettre les pieds à Cannes." Avant d'envoyer une pique aux Français : "Manifestement, c'est un sujet très sensible, même ici. Parce que les Français se sont montrés particulièrement cruels à l'égard des Juifs au cours de leur histoire."
Blagues à part, le réalisateur de Breaking the Waves a répondu dans ce même entretien aux accusations d'antisémitisme qui lui ont été faites : "Je ne suis pas d'accord avec la politique d'Israël vis-à-vis de la Palestine. Mais je ne suis pas Mel Gibson. Certainement pas. Je suis l'inverse de lui. J'ai visité tous les camps de concentration, et je considère que l'Holocauste est le crime le plus atroce qui ait été commis dans l'histoire de l'humanité. Naturellement, j'ai été un peu naïf. En tant que Danois, je pensais que je pouvais aborder le sujet un peu plus ouvertement. Mais ce que j'ai dit était erroné et stupide, et je m'excuse pour le mal que j'ai fait à beaucoup de gens. Ceux qui veulent me casser la gueule sont les bienvenus. Mais je dois les prévenir : je risque fort d'aimer cela. Peut-être n'est-ce pas le meilleur moyen de me châtier."
Rebelle ascendant maso, Lars Von Trier ressemble finalement à ses films : provocants, spectaculaires, mais un peu lourds.
Par Eric Vernay Follow @ericvernay
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