
Où est Alfred ? Les cinéphiles le savent mieux que quiconque : comme le fameux Charlie des livres pour enfants, le réalisateur de Sueurs Froides est souvent bien caché. Hitchcock, qui aime jouer avec le spectateur, apparaît en effet dans quasiment tous ses films. Le première fois (et la deuxième) au début de sa période anglaise dans The Lodger (Les Cheveux d’or, 1926), il est assis de dos dans les locaux d’un journal puis fait partie des badauds à la fin du film.
Pas encore mondialement célèbre, « Hitch » comblait alors lui-même les carences en figurants sur ses tournages. "C’était strictement utilitaire, confie Sir Alfred à François Truffaut lors de leurs célèbres entretiens au début des années 1960. Il fallait meubler l’écran. Plus tard c’est devenu une superstition, et ensuite c’est devenu un gag. Mais à présent, c’est un gag assez encombrant, et pour permettre aux gens de regarder le film tranquillement, je prends soin de me montrer ostensiblement dans les cinq premières minutes du film." Car il s’agissait quand même de ne pas (trop) détourner l’attention du spectateur sur sa bedonnante silhouette.
Alors que durant les années 1920-1930, Hitchcock ne se montrait en gros qu’une fois sur deux dans ses oeuvres, à partir de 1940 et Rebecca, le superstitieux cinéaste systématise l’auto-caméo. Une vidéo de dix minutes seulement permet de revoir toutes ces apparitions, souvent fugaces (quelques secondes à peine comme dans La maison du Dr Edwardes ou Les enchainés) ou malicieuses, le cinéaste étant tour à tour flanqué d’un cigare, d’un petit chien ou d’une contrebasse (L’inconnu du Nord Express). On peut aussi l’entrevoir dans l’appartement d’en face (Fenêtre sur cour), dans le coin d’une vieille photo (Le crime était presque parfait) ou même dessiné dans une publicité, vantant les mérites d’un régime alimentaire ! (Lifeboat).
Dans son dernier film, Complot de famille, Hitchcock, alors proche de la mort, fait ses adieux via un caméo en ombres chinoises, derrière la porte du bureau des « Certificats des naissances et des décès ». Le gag funèbre ultime.
Par Eric VernayFollow @ericvernay