
La Conquête (présenté hors-compétition) était censé être LE film politique du Festival de Cannes 2011. Mais c'était sans compter sur Pater d'Alain Cavalier (présenté mardi en compétition officielle) et L'Exercice de l'Etat de Pierre Schoeller (présenté hier dans la section Un Certain Regard), qui ont rapidement relégué le film de Xavier Durringer aux oubliettes.
Dans Pater, Alain Cavalier s'amusait à se filmer en président de la République et livrait, à mi-chemin documentaire et fiction, une réjouissante chronique des jeux de pouvoir tels que la Vème République les a institués. Dans L'Exercice de l'Etat, la démarche est différente : film de pure fiction, le long-métrage de Pierre Schoeller (précédemment réalisateur de Versailles) traite avec une précision chirurgicale l'impasse à laquelle se heurte aujourd'hui en France l'exercice du pouvoir politique.
Centré sur le personnage du ministre des Transport Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet), L'Exercice de l'Etat montre comment le contact quotidien avec les responsabilités politiques accapare entièrement la conscience et le corps des hommes. Usant d'une mise en scène anxiogène dans sa façon d'asphyxier les protagonistes, Pierre Schoeller dépasse la triviale description des rivalités personnelles pour disséquer la façon dont la possession d'un portefeuille ministériel fait flirter avec la névrose.
Intense oeuvre cinématographique, dont le sujet et l'esthétique se retrouvent étroitement imbriqués, L'Exercice de l'Etat n'oublie pas le destin du citoyen et du pays réel (mention spéciale au dialogue entre Didiez Bezace et Michel Blanc, serviteurs du bien public conscients de se trouver au crépuscule d'une époque). C'est bien le portrait collectif de la République française qui est ici dressé en filigrane, avec du souffle une pointe de fatalisme. Tout ce que La Conquête, simple copier-coller d'images télévisuelles déjà connues, s'avérait incapable d'offrir...
Par Damien Leblanc