Fair Game : thriller sans charge explosive

20/05/2010 - 16h24
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Fair Game : thriller sans charge explosive

"La Mémoire dans la peau exagérait les choses, mais dans Fair Game nous sommes précis, authentiques à 100%", explique fièrement Doug Liman, dans le dossier de presse. Le problème de son film, seul représentant du cinéma US en Compétition Officielle cette année, vient sans doute de là : un soin religieux porté à la "vérité des faits", au détriment du spectacle cinématohraphique.

Dans le vocabulaire de la Scientologie, "Fair Game" désigne les gens qui ont trahi les dogmes fondamentaux de la secte. Le titre du thriller de Liman s'applique ici au destin de Valerie Plame, agent de la CIA sacrifiée sur l'autel de la guerre en Irak. Alors qu'elle disposait d'informations remettant en cause la possession d'armes de destruction massive par Saddam Hussein, relayée par son mari Joe Wilson dans un article qui fait grand bruit, l'administration Bush divulgue l'identité de la jeune femme à la presse. Ce qui constitue un crime fédéral.

 

Liman s'intéresse surtout à la relation du couple Plame-Wilson, incarné par la paire de stars de 21 GrammesNaomi Watts-Sean Penn. Trahie par le gouvernement US, Plame trouve irresponsable la manière dont son mari tente de défendre sa cause dans les médias. Faire primer la vie privée sur les grandes causes morales, éternel débat, vu mille fois au cinéma, et en mille fois mieux (au hasard, Révélations de Michael Mann).

 

Elégamment éclairées dans les teintes bleutées chères à Liman, les scènes de couple auraient pu constituer le coeur palpitant et mélancolique d'un thriller tendu sur la quête d'identité (Plame a perdu la sienne, comme Jason Bourne), le grand sujet du cinéaste. Elles sont malheureusement bâclées, dialoguées sans inspiration ni souffle dramatique, sacrifiées à l'efficacité "documentaire" (caméra à l'épaule, images d'archives) de ce thriller politique mou du genou et clichetonneux (scènes ratées avec les gentils indics irakiens, journalistes tous plus odieux les uns que les autres), "engagé" pour une cause entendue, et dont tout le monde connaît déjà la fin. Au moins dans Green Zone de Paul Greengrass, collègue britannique de la trilogie Jason Bourne, il y avait du rythme. 

 

Une chose est sûre, la Palme d'Or ne sera pas américaine cette année.

 

Par Eric Vernay

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