
Drive, le film hollywoodien de Nicolas Winding Refn, est une petite anomalie dans cette compétition cannoise, d'habitude peu sensible aux films d'action et aux séries B. Après le polar (trilogie Pusher), le film de prison (Bronson) et le film de viking (Le Guerrier silencieux, Valhalla Rising), le danois s'essaie au film de bagnoles, avec casting coolos et B.O eighties dans les oreilles. Ryan Gosling incarne un impassible as du volant qui, pour arrondir ses fins de mois, double son salaire diurne de cascadeur d'un job nocturne de chauffeur pour la mafia. Il rêve de devenir pilote, mais en tombant amoureux de sa voisine (Carey Mulligan), en couple avec un taulard, il est aspiré dans une histoire de braquage qui tourne mal.
Le film commence vraiment bien, avec un générique rose bonbon plaqué sur une course poursuite dans les rues de Los Angeles, façon Collateral. La drague entre Ryan Gosling le taiseux et Carey Mulligan la mimi tout plein, laisse présager d'un film de genre comme on les aime, inventif formellement, sexy, assumant son premier degré sans peur du ridicule. Les seconds rôles à trogne (Ron Perlman et Albert Brooks, géniaux) laissent présager d'une série B classe, où l'on croise entre deux scènes d'action des guests de marque tels que Bryan Cranston (Breaking Bad) et Christina Hendricks, la rousse incendiaire de Mad Men.
Bref, Drive a tout ce qu'il faut pour tenir la route (ce qu'il fait pendant 20 mn) mais Refn ne peut s'empêcher de faire ronfler son moteur comme un kéké au feu rouge, multipliant avec un sérieux des plus plombants les scènes de tueries gorissimes au ralenti et les clairs-obscurs glacés sur le visage fermé, statufié et "qui en dit long" de Gosling. On se croirait tour à tour au volant d'une décapotable vintage de Quentin Tarantino - qui aurait oublié son bagout et ses beaux personnages féminins - ou dans un bolide de Michael Mann contrefait, tuné au maximum pour épater la galerie. Reste la B.O eighties, excellente, et quelques courses-poursuites hypnotiques, qui font de ce petit péteux de Drive un polar urbain regardable.
Par Eric Vernay Follow @ericvernay
1 parodie Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
2 justice Al Qaïtarte : un procès dadaïste
3 art Van Gogh, Dali et Picasso disséqués
4 Supercut Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse