Comment le cinéma nous a rendus aquaphobes

30/07/2012 - 10h37
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Requins, crocos, piranhas… Le cinéma a fait des bêtes sous-marines des monstres qui ont une dent contre l’humanité. Tour d’horizon d’un genre horrifique qui a fait de nos baignades estivales une angoisse.

Depuis près d’un siècle maintenant, le lieu idéal pour les vacances estivales se doit d’être près d’un point d’eau (mer, lac, rivière…). Mais la popularisation des baignades au début du XXe siècle, jusqu’alors activité peu courue, met en lumière le risque majeur de ce nouveau passe-temps : être confronté à un prédateur aquatique. Le cinéma imitant la vie, les créatures qui vivent dans l’eau sont devenues naturellement les personnages centraux d’une mouvance cinématographique horrifiques. L’aquaphobie entamée avec Les Dents de la mer en 1976 a fait des petits. Requins, crocodiles, piranhas ou encore calamars géants s’invitent régulièrement sur les écrans (le plus souvent le petit au vu des productions direct to dvd) et l’inventivité des situations et des monstres atteint parfois des échelons ébouriffants. Petit florilège de ce qui vous attend peut-être si vous glandouillez sur une plage, une rive ou une berge cet été.

Nb : Certains extraits vidéo peuvent heurter la sensibilité d’un jeune public


Ennemi public numéro 1


Celui qui hante l’inconscient collectif depuis plus de trente ans se nomme le Grand Blanc. Depuis sa razzia en été 1976 sur les plages de la petite station balnéaire d’Amity dans  Les Dents de la mer, ce prédateur s’est vu offrir pléthore de rôles au cinéma. Outre les productions hasardeuses style Shark Attack , Dinoshark ou Megashark, ces dernières années ont été chargées pour le poisson à l’aileron. Fort de l’émergence des « found footage movies », le cinéma animalier d’horreur a produit de très honnêtes métrages comme  The Reef ou  Open Water, et d’autres nettement plus scabreux. Ainsi, si vous pensiez avoir la paix niveau mangeur d’homme en flânant sur les canaux vénitiens, raté ! Shark in Venice (le titre transparent à souhait) vous invite à un carnage totalement cheap dans la cité des doges. Sorte de guide touristique de la ville (même si le film a dû être tourné dans un quelconque pays de l’est pour faire des économies), Shark in Venice enfile les séquences sans queue ni tête, servies par des acteurs paumés (Stephen Baldwin en surpoids et la frangine de Scarlett Johansson), le tout filmé avec le pied gauche. Un grand moment de n’importe quoi !


Shark in Venice :

 

Si le scénario des requins vénitiens ne valait pas tripette, celui de Sand Sharks bat des records. Alors qu’une bande de bimbos décérébrées (et poumonnées cela va sans dire) épaulée par des mâles guère plus évolués s’apprêtent à danser sur une plage pour un festival, ils sont violemment attaqués par des requins de sable. Un aileron qui fend le sable à toute blinde, une jeune fille happée par la bête alors qu’elle bronze tranquille sur sa serviette, voire même une scène offensive dans des toilettes, le métrage ne s’interdit rien scénaristiquement. Quant aux effets spéciaux, ils sont à la hauteur du budget du film, qui précisons-le ne sortira jamais sur nos écrans.

 Sand Sharks :


 

Mais les américains ne sont pas les seuls à s’enthousiasmer pour les requins. Les Italiens ont essayé de rivaliser. Avec Great White ( La Mort au large  en VF), on assiste à une mauvaise resucée du film de Spielberg. Plans identiques (sans le génie du réalisateur américain), situations similaires, Great White fait montre d’un manque d’ambition absolu et surtout d’un opportunisme criant, tentant de surfer sur les succès commercial de Jaws mais loin, très loin d’égaler ce métrage séminal.

Great White (la mort au large) :


 

Pour terminer en beauté ce tour d’horizon des rôles du méchant poisson, penchons nous sur un cas d’école très rare, le film historique et en costume. En 1916, sur les plages du New Jersey eurent lieues les premières attaques répertoriées d’un grand blanc. Sans doute y avait-il de nombreux cas d’accidents avant cette date, mais jamais ils n’eurent le retentissement médiatique de cette affaire, en pleine l’explosion du tourisme balnéaire. 12 jours de terreur, téléfilm américain de 2004, relate ces événements, sans suspense haletant, ni effets spéciaux d’envergure. Mais dans un décorum neuf (les petites villes de la côte est au début du XX), interprété par des acteurs en costume d’époque, le téléfilm donne à voir des situations insolites. Alors que les personnages brillent par leur méconnaissance des us du requin et enquillent les pratiques dangereuses (présence de sang dans l’eau, vibrations intempestives,…), le public se retrouve pour une fois plus informé et à même d’appréhender les risques encourus. Peter Benchley (l’auteur de Jaws) s’est, paraît-il, grandement inspiré de ce fait divers sanglant, qui a ouvert la voie aux diverses représentations du requin au cinéma, ainsi qu’à la recherche scientifique sur cet animal, quasi inexistante alors.


Un poisson nommé Piranha


 Mais il paraît que la taille ne compte pas. Et au cinéma, c’est vrai ! A l’autre bout de l’échelle aquatique se trouve en effet un tout petit prédateur. Mais son agressivité légendaire et ses minuscules mâchoires acérées a inspiré lui aussi une horde de cinéastes. Allez, faites entrer le piranha ! Après le génial Joe Dante, c’est au tour de James Cameron de s’atteler au deuxième épisode des aventures du poisson dentu. En 1981, le piranha devient volant sous l’œil du réal de Terminator. Biologiquement inepte (mais ce n’est pas le seul qu’on croisera dans ce florilège), le scénario se révèle malheureusement pauvre en surprise. Les piranhas volent mais ce qui aurait pu être une trouvaille visuelle tourne vite au vinaigre. Peu de scènes d’attaques, les animatronics des poissons sont peu convaincants. Seule leur ressemblance avec un Alien soulève un sourire des lèvres des spectateurs. Là où Dante avait su créer des vraies séquences de panique et d’horreur (l’attaque d’un camp de vacances pour enfants quand même), Cameron ne propose rien de neuf. Un premier coup dans l’eau pour lui.

Piranha 2 :


 

Pour le remake du Piranha original, Alexandre Aja avait misé sur le fun (un lac bourré non plus d’enfants mais de post ados chauds comme la braise pour fêter le springbreak). Dans Piranha 3DD (un jeu de mot autour des tailles de soutien-gorge), Aja devenu producteur, a toutefois conservé l’angle fun, mais un cran au-dessus. Des seins nus à foison, du full-frontal (rare dans un film américain destiné aux écrans de cinéma et non à une commercialisation DVD), des branlettes dans les piscines…L’éventail est large, tout autant que les mâchoires de poissons qui jettent leur dévolu sur un parc aquatique. Des toboggans aux piscines, des bimbos ivres mortes aux victimes écorchées vives, il n’y a qu’un pas, franchi allégrement par le réalisateur. Sans cervelle mais drôle à souhait, Piranha 3DD rappelle juste qu’on est en sécurité nulle part. Ni à la mer. Ni dans un parc.

Piranha 3DD :


 

"Plus c’est gros, mieux ça passe", Jacques Chirac. Notre ancien président ne pouvait donner meilleure accroche à Megapiranha. Délire paranoïaque (le piranha comme arme terroriste, il fallait y penser…), bouillie visuelle (des bestiaux de 5m qui croquent en entier d’un coup de dent des personnages), le film vaut pour la surenchère absolue du script. Les piranhas mangent donc ils grossissent, donc ils mangent plus, donc ils grossissent plus, donc… Je ne vous fait pas un dessin. Vers le milieu du métrage ils sont bodybuildés, prêts pour le saut en hauteur, attaquent pêle-mêle les plages, les ponts, un hélicoptère, seule une bombe atomique peut en venir à bout. Finalement, il ne leur manque que la parole. Quoique vu les dialogues du film, mieux vaut qu’ils restent silencieux. Un peu comme le public face à ce déferlement d’attaques poissonnières tout azimut.

Megapiranha:


 

Reptile, vous avez dit reptile ?


 Abandonnons les poissons pour jeter un œil vers les reptiles. Si les serpents sont sous-représentés au cinéma, leur cousin le croco à quant à lui un palmarès impressionnant. Si vous vous croyez à l’abri des attaques mortelles en évitant la trempette dans l’océan, dites vous que les scénaristes les plus tordus ont pensé à vous. Lac, rivière, étang, tout ce qui ressemble de près ou de loin à un point d’eau peut cacher en son sein un prédateur redoutable à la mâchoire carnassière. A la fin des années 1980, une série australienne a mis le croco en haut de l’affiche. Dans  La Vengeance aux deux visages , une jeune (et moche) héritière est victime d’une tentative d’assassinat par son époux. Il la jette au milieu d’une clique de crocodiles. Flippant ! Depuis, les Australiens perpétuent leur tradition animalière par le biais de films comme Black Water ou  Rogue (Solitaire en VF). Les Américains, toujours à l’affût d’un nouveau monstre à proposer au public ont eux aussi tapé sur les sauriens. Lake Placid  ou Primeval ont ainsi propulsé ces bestioles dans des lieux inédits pour eux. Oublié les rivières africaines, les croco envahissent les lacs de l’oncle Sam.

Tobe Hooepr, que l’on connaît pour son Massacre à la tronçonneuse, doit toutefois ressentir un petit quelque chose pour le reptile car il a réalisé non pas, mais deux films sur l’animal. Le Crocodile de la mort et Crocodile. Dans ce dernier, une clique de post adolescents bas du front (un pléonasme dans le cinéma d’horreur) part en camping dans un coin désert près d’une rivière. Ils se racontent une histoire qui fait peur, la légende d’un gigantesque crocodile égyptien qui trainerait dans les parages. Légende ? Pas si sûr…Morsures, démembrements, bouillons de sang et amputations sont au rendez-vous de ce bis fauché. Moralité : ne partez pas camper sur les berges d’une rivière.

Crocodile :


 

Comment marier la peur engendrée par Les Dents de la mer et la primitivité du crocodile ? En réalisant un métrage qui met en scène des surfeurs aguerris attaqués par …. Un crocodile ! Dans Blood Surf, les mêmes héros que précédemment (des débiles de vingt ans qui ne pensent qu’à boire et forniquer) recherchent des sensations fortes en surfant au milieu de requins. Mais un autre prédateur va s’inviter à la fête. Pourchassés par un très gros croco, ils vont découvrir que « survivre est aussi un sport extrême » (l’accroche de la bande-annonce).

Blood surf : 


 

Quand on évoque la série B (voire Z), il est un homme providentiel : Roger Corman. Réalisateur de La petite boutique des horreurs, il est surtout connu pour son travail de producteur. Depuis une dizaine d’années, le bonhomme a développé une franchise animalière non négligeable. Sharktopus, Piranhaconda, Dinoshark ou encore Scorpius Gigantus sont quelques uns de ces méfaits cinématographiques. Le rayon reptile n’est pas en reste avec Supergator, Dinocroc et, mettant à profit le cross-over, Dinocroc VS Supergator. Inutile d’attendre grand chose du scénario (des bêtes de laboratoires s’échappent et sèment la panique), mais le jusqu’auboutisme des situations, l’improbabilité des monstres et les effets spéciaux à la ramasse ne peuvent que séduire les fans du genre. La peur ne fait pas partie des visées de ces métrages mais le fun, lui, y est particulièrement probant.

Dinocroc VS Supergator :


 

La mythologie au cœur du bis

La réalité (déformée) a amplement nourri les films de créatures aquatiques. Mais la mythologie a offert à ce genre, l’une des bêtes les plus mystérieuses et effrayantes qui soient : le Kraken. Sorte de calmar géant (ou de pieuvre), il était l’un des personnages de 20000 Lieues sous les mers, il met à mal les bateaux de  Pirates des Caraïbes 2, il offre une scène dantesque au Choc des titans et sous des formes déviantes, on le rencontrait dans Leviathan ou M.A.L(Mutant aquatique en liberté). Mais une fois n’est pas coutume, c’est à la série qu’on doit la résurgence la plus spectaculaire du mythe. Plus vraiment un calmar (mais plutôt une forme reptilienne), le monstre de Surface fait frissonner. La réplique « We need a biger boat » du chef Brody dans Les Dents de la mer, trouve dès l’épisode 2 de la série un écho terrible. Vous pensiez qu’en bateau, rien ne pouvait vous arriver d’affreux ? Bad choice !

Surface :


 

Presque vingt ans après Jaws, Peter Benchley récidive avec un animal marin semant la panique dans une petite ville côtière. Dans  The Beast, écrit en 1991, un calmar géant terrorisait une communauté paisible. Le cinéma ne pouvait pas éviter l’adaptation (il aurait pourtant dû), et en 1996 sort le téléfilm éponyme. Le réalisateur nous refait le coup de la bouée (qui marchait dans le film de Spielberg, parce que soutenu par une mise en scène intelligente), scande son métrage de plans sous-marins où passe fugitivement une tentacule. Pas franchement effrayant, The Beast ne vous empêchera pas de vous baigner. Pari raté.

The Beast:


 

On oublie souvent la brutalité des mythe anciens heureusement Blood Tide rectifie le tir. Au large de la Grèce, un chasseur de trésor libère accidentellement un monstre tapi dans les entrailles de la mer depuis des temps immémoriaux. Dès lors la bestiole (presque invisible dans le film) hante les rives du village obligeant les habitants à réactiver les bonnes vieilles méthodes pour pacifier un conflit de ce genre : le sacrifice de jeunes vierges. Sans être d’une originalité confondante, Blood Tide ravive les mythes païens et la défiance qu’on éprouve face à leur primitivité. La brutalité des sacrifices répond à violence de la créature. Pas très moraliste (au sens chrétien du terme), le film à l’intelligence de placer son action en Méditerranée, mer oubliée des films de genre et pourtant berceau des légendes maritimes parmi les plus marquantes. Les rives de la Grande Bleue ne seront plus si sûres maintenant…

Blood Tide :


 

Comme vous l’aurez compris, où que vous alliez, le cinéma créera un monstre pour vous y poursuivre. Mer, océan, rivière, vous ne pourrez plus vous baigner sans entendre l’air de John Barry ou revoir des images de Joe Dante. Chaque frôlement aquatique vous fera frissonner de trouille, chaque remous suspect sera l’objet d’une tension. Vous vous dites, fini la plage, bientôt la rentrée, j’ai survécu, tout va bien ! Ravalez votre morgue, car aujourd’hui, faire vos courses de rentrée pourrait bien vous coûter un face à face avec un requin (et oui, même là !). Vous ne me croyez pas ? Be my guest !

Bait :


Par Ursula Michel
COMMENTAIRES
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Il me semble qu'il manque le lien de la bande annonce de Bait, futur chef d’œuvre! http://www.youtube.com/watch?v=wi4wcCVXd6o
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Anonyme | le 30/07/2012 à 18h30 | Signaler un abus
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