Cannes 2011 : un palmarès cruel et hollywoodien

23/05/2011 - 15h27
Cannes 2011 : un palmarès cruel et hollywoodien

 

Dévoilé hier soir, le palmarès du 64ème Festival de Cannes a donc offert la Palme d'Or à The Tree of Life. Un choix qui semble avant tout récompenser l'extrême ambition du film et qui a au moins le mérite de couronner l'ensemble de la filmographie de Terrence Malick, un des plus précieux cinéastes américains des 40 dernières années. Avec The Tree of Life, c'est l'art du tâtonnement, plutôt que la maîtrise absolue, qui se voit propulsé sur le devant de la scène, ce qui n'est pas un scandale en soi.

 

Pourtant, pris dans son ensemble, ce palmarès s'avère cruellement insatisfaisant et ne fait pas honneur à la grande qualité de la compétition cannoise 2011. Décryptage.

 

L'audace européenne délaissée

 

Parmi les films audacieux présentés en compétition, on trouvait Pater d'Alain Cavalier, Habemus Papam de Nanni Moretti ou Le Havre d'Aki Kaurismaki. Des oeuvres certes réalisées par des cinéastes expérimentés et bien connus mais qui posaient un regard moderne sur le monde, explorant rapports de pouvoir et principes d'incertitude au moyen d'une forme aussi réjouissante que tournée vers l'extérieur. Visiblement peu séduit par ces trois propositions européennes, le jury a préféré récompenser l'énergie fonceuse des frères Dardenne et de Maïwenn.En offrant le Grand Prix au Gamin au vélo, le Festival de Cannes continue ainsi d'encourager un cinéma du mouvement permanent, bien que celui-ci commence à faire du surplace. Assez fatigant dans ses procédés, la dernière réalisation des frères Dardenne ne constitue pas un très excitant Grand Prix, d'autant que les deux belges bi-palmés ont dû partager cette récompense avec Il était une fois en Anatolie, oeuvre d'un autre cinéaste en perte de vitesse, le turc Nuri Bilge Ceylan. Quant au prix du jury remis au Polisse de l'actrice-réalisatrice Maïwenn, il salue un film aussi hyperactif que racoleur, qui derrière ses apparences de cinéma-vérité ne fait que surfer sur un sensationnalisme bon teint.

 

Le règne de Los Angeles

 

Les prix d'interprétation viennent eux récompenser deux célébrités. Le français Jean Dujardin, qui a clairement franchi un cap ces dernières années, a fourni une savoureuse et mécanique prestation muette dans The Artist, le pastiche en noir et blanc de Michel Hazanavicius. Mais, tourné à Los Angeles et situé dans le Hollywood des années 1920, le film ne pouvait que flatter la frange américaine du jury. Les frères Weinstein, futurs distributeurs du film, ont d'ailleurs déjà envisagé d'en faire un sérieux candidat à la course aux Oscars 2012. De même, Kirsten Dunst, convaincante en dépressive fataliste dans le pompier Melancholia de Lars von Trier, est une actrice estampillée Hollywood depuis son plus jeune âge. Melancholia a beau réunir des financements français, danois, suédois et allemands, il fut tourné en langue anglaise et renforce la coloration états-unienne de ces prix d'interprétation.Le Prix de la meilleure mise en scène a lui été remis au virtuose danois Nicolas Winding Refn pour Drive. Le Danemark se voit ainsi mis à l'honneur, mais à travers une production 100% américaine dont l'histoire se déroule à Los Angeles. Solide exercice de style, entre William Friedkin et Michael Mann, Drive achève ainsi de donner des sonorités hollywoodiennes à ce 64ème palmarès cannois. Car sur le pur plan de la mise en scène, des films comme L'Apollonide - souvenirs de maison close de Bertrand Bonello ou La Piel que Habito de Pedro Almodovar, témoignaient de la même application sensorielle. Mais les séquences sanglantes de Drive ont sans doute davantage impressionné le jury de Robert De Niro.

 

L'Asie au point mort

 

Ce palmarès 2011 ne constitue pas un simple partage entre Amérique et Europe, puisqu'outre le Grand Prix ex-aequo accordé au turc Il était une fois en Anatolie, le prix du meilleur scénario a été remis au Footnote de l'israélien Joseph Cedar. Etrange choix tant cette lourdingue comédie a déçu après le magnifique Beaufort du même cinéaste. Sur un plan continental, c'est donc l'Asie qui repart bredouille. Malgré la présence de deux poids lourds japonais - Naomi Kawase, qui a signé le fragile Hanezu No Tsuki et Takashi Miike, qui a offert un bien sage Hara-Kiri : Death of a Samurai - le cinéma asiatique n'a pas su peser sur la compétition.

 

Plus que par un équilibre géographique, le jury semble donc avoir été guidé par une tendance de fond. Car ce sont bien des films massifs, nostalgiques et souvent fermés sur eux-mêmes qui ont été primés par le 64ème Festival de Cannes. Un palmarès finalement très cohérent et inconsciemment bercé par un parfum d'Oscars...

- Voir aussi Cannes 2011 : le palmarès de Fluctuat

 

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